18.02.2009
Rencontres avec des hommes remarquables.

J'ai fait la rencontre de deux hommes remarquables. Picasso et le Che. Rien à voir me direz-vous? Et pourtant.Deux destins majuscules, deux trajectoires humaines fulgurantes du vingtième siècle. L'un gagnera gloire et argent, célébrité et reconnaissance de son vivant et vivra vieux. L'autre légendaire à trente ans, deviendra une icône planétaire en mourant à l'aube de ses quarante ans. Rien à voir, et pourtant mon esprit ne peut s'empêcher de lier ces deux destins.
Picasso est un monstre. Son ego est énorme à la mesure de sa productivité mais aussi, je l'avoue, de son génie. J'ai visité coup sur coup son musée du Marais et l'exposition qui lui est consacré au Grand Palais. Un choc. Ce type a « ingurgité » 10 siècles de peinture dès son plus jeune âge, devenant l'égal technique des plus grands maîtres de l'âge classique à moins de 20 ans. Ce génie saisit ensuite « l'air du temps » et sublime tous les styles du bouillonnant premier quart du vingtième siècle. Il est surréaliste, cubiste, fauviste, pointilliste, destructuraliste, structuraliste, plus et mieux que tous les peintres de son siècle. Son œuvre est une démesure de créativité, d'une justesse sauvage, d'une instinctivité intellectuelle sans précédent. A 70 ans passé, il poursuit une œuvre d'une fraîcheur enfantine incroyable. Génie précoce, vieillard pré-pubère. Bach, Mozart, Beethoven réunit en un seul homme. Je ne voudrais pas être un jeune peintre d'aujourd'hui, car je crains qu'il n'y ait plus rien à inventer de fondamental dans les arts plastiques après Picasso. L'art doit ce construire ailleurs (c'est l'impression que m'avait donnée l'exposition d'art contemporain Paris Art en janvier, je n'y avais vu que répétition puérile).
De son ego, Picasso a fait une Oeuvre Terminale. Au service de l'humanité? Je n'en suis pas si certain. Picasso a quelque chose d'Attila, plus rien ne peut pousser après lui dans ce champ des arts plastiques. Son père avait rendu ses pinceaux en découvrant le génie précoce de son fils. Il n'y a pas de place pour quiconque après lui, je plains aussi ses enfants.
A l'ego démesuré de Picasso, monstre reconnu pas son siècle, répond l'humanité douloureuse du Che.Je ne sais si l'image que donne du Che les deux films de Steven Soderbergh est « véridique » mais elle est juste et belle. J'ai adoré del Toro dans ce rôle.
Je n'ai jamais vu un monstre de la Révolution, un géant du Castrisme ou du Communisme, un être parfait et sans faille, bien au contraire. J'y ai vu la trajectoire d'un être faible physiquement (Ernesto était asthmatique) qui transpire l'humanisme, l'amour de l'autre, du faible, du déshérité. La trajectoire du Che à Cuba est glorieuse, elle sera une déchéance en Bolivie. Le premier opus nous montre le Che victorieux, le second nous montre sa chute. « Les conditions de la révolution de ne sont pas remplies ici » dit à Ernesto un dirigeant communiste bolivien. Le Che lui répond « là ou un enfant sur deux meurt avant l'âge de 5 ans, là ou l'espérance de vie des plus pauvres est proche de quarante ans, là ou 80 % de la population est analphabète, là les conditions de la révolution sont remplies. En voulant « importer » la Révolution Cubaine en Amérique du Sud, Che veut faire le bonheur de l'autre malgré lui. Il est sincère et se trompe. Poursuivi par les forces anti-guerilla, sa centaine de légionnaires cubains se fera massacré au gré d'embuscades sylvestres avec la collaboration apeurée de paysans qui n'ont qu'une envie: Survivre. La liberté ne remplace pas la tortilla. Che blessé, enchaîné, sera abattu comme un cochon. Reste le souffle délicat de la brise, d'un vent qui s'appelle Liberté.
Picasso aura eu raison de son siècle, Che se sera trompé. Pourtant, j'aime le Che, alors que j'admire l'œuvre de Picasso. Entre être et avoir...
En post scriptum : J'ai lu aussi des articles qui présentent le Che comme un monstre, notamment durant les quelques mois ou il a été commandant de la prison de la Cabana. Délation ou vérité? Je ne sais. L'homme est décrit sans nuances comme brutal et cynique. Deux mémoires, deux représentations qui s'entrechoquent. A chacun de choisir, non un parti, mais un symbole qu'il fera sien ou pas.

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