08.06.2006

La légende du nabot 26

Il ne sentait plus rien, désormais au-delà de la souffrance. Les quelques secondes qui le séparaient de sa mort lui parurent dans ce rêve comme des années.

 

Il mourut en sachant qu’il mourait, sans regret pour cette vie passée, apparemment faite de douleur et de solitude. Pourtant, il n’aurait pas voulu qu’elle fut différente. Il avait accompli son destin de nabot avec la dignité qui sied aux pieds-bots.

 

Aucun des habitants du bourg ne vécut jamais la paix intérieure qui fut la sienne en cet instant. Ils durent vivre, certains de longues années, avec la honte de ce moment, gravé dans leur chair au fer rouge de leur violence et de leur stupidité soudainement révélées par les mioches survivants. Peu trouvèrent le chemin de leur âme et de leur propre pardon.

 

Braves gens, ainsi prend fin cette drôle de légende. Chacun la saluera, selon son tempérament, de son indifférence, son dédain, sa surprise ou son émotion. Tous les sentiments sont humains, mais seuls certains sont de l’Homme. On peut imaginer les pieds-bots heureux.

 

 

Fin.

 

Commentaires

Je l'ai suivie avec beaucoup d'attention, ta légende.

Dis, Monsieur Rufino, ta prochaine histoire, tu pourrais pas la faire un peu plus douce pour le héros, ou alors un peu plus "formatrice" pour ceux qui restent ?

J'ai un peu de difficulté avec les martyres de notre culture judeo-chrétienne, et puis j'aime assez les histoires qui finissent (provisoirement) bien.

Oui, je sais, il meurt heureux et il a permis à d'autres de mourir heureux ... et la vie c'est ça aussi.

Bisous

Ecrit par : dominique | 08.06.2006

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