06.06.2006
La légende du nabot 24
Tous les enfants survivants étaient sortis du puit. Ne restaient au fond que quelques corps sans vie et la bande des chiens, encore abrutie par la fatigue de l’effort consenti sur un terrain bien étranger pour elle. Après les mioches, ce fut au tour des chiens d’être extirpés des entrailles de l’édifice par un pied-bot infatigable et omniprésent.
Alors qu’il portait sur son épaule la dernière bête, à l’intérieur même du trou, après y être revenu, seule façon de délivrer l’animal fourbu, il se sentit comme aspiré par une poignée puissante de géant faite de multiples mains. C’était un groupe de robustes villageois qui l’avait saisi de toutes parts et le tirait à lui avec force et rudesse. Confusément, il comprit que ces gestes n’étaient pas amicaux.
Dans un brouhaha infernal il fut jeté â terre, son corps recroquevillé recevant pour l’accueillir une pluie ininterrompue de coups. Une lune blafarde éclairait la scène, allongeant les silhouettes, leur conférant la dignité des juges et l’impassibilité des bourreaux.
Les coups il les connaissait depuis sa plus tendre enfance. Il avait compris que ces coups là étaient portés pour tuer et non seulement humilier. Comme dans un instant de lucidité suprême, il revécut cette scène qu’il croyait effacé de sa mémoire et qui avait vu son père, ivre et furieux, le battre à grands coups de bâton et le laisser pour mort parmi les rires d’hommes et de femmes étourdis par la violence et l’alcool. Cette scène inscrite en exergue de son histoire revenait aujourd’hui en postface diabolique le surprendre pour l’éternité.
07:21 Publié dans Contes de mon cru | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Ecrire un commentaire