02.06.2006

La légende du nabot 21

Deux autres malheureux attendaient de lui un espoir, un dernier réconfort. Dans l’un d’eux le nabot reconnut son plus cruel persécuteur, une vermine d’une dizaine d’année, sans foi ni loi, calamité du bourg et de ses parents, le seul peut- être qui n’aurait pu trouver âme qui vienne prier sur sa tombe pour son salut. Vilain comme une teigne, sa mort l’enlaidissait encore. Son appétit de vivre était pourtant immense. Sa respiration, rendue difficile par une blessure ouverte juste au niveau de sa poitrine, était pourtant un hymne à l’existence, un appel « Sauve moi! ». A sa vue, Nabot sut qu’il ne pourrait rien et il en eut un regret immense, plus grand qu’il n’en avait jamais eu auparavant. Malgré toute l’énergie qu’il mettrait à le sauver, il ne pourrait rien, la main du Passeur divin se tendait déjà, et nul mortel n’y changerait plus rien. Il voulu prendre le malheureux dans ses bras, comme jamais son père ou sa mère ne l’avait sans doute fait. Le gamin se débattit avec colère, et s’écroula après un dernier hurlement de terreur, de rage et de souffrance. Alors le nabot ne put contenir plus longtemps le torrent de larmes qui depuis des heures attendait impatiemment à l’écluse de ses yeux. Ce fut pour le pied-bot comme un soulagement.

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