29.05.2006

Des compagnons pour vivre

Il y a trois mois, le jour de mon anniversaire, j’ai fait un examen désagréable. Une biopsie de la prostate. Une semaine après j’apprenais que j’avais un cancer.
J’ai vécu les premières semaines qui ont suivi cette annonce avec un certain stress.
Pourtant, très vite, presque par anticipation des compagnons m’ont accompagné sur le chemin. Certains de ces compagnons sont des livres. Ils m’ont aidé à passer ces moments de stress et à faire de cette histoire singulière un chemin de progrès.
Je voudrais présenter trois de ces compagnons.
Le premier m’a été conseillé, la veille de l’annonce du cancer. Par un ami coach, Nicolas. Belle synchronicité, puisqu’il s’agit du livre Vivre, de Mihaly Csikzentmihalyi. Non ?
Mihaly Csikszentmihalyi a quitté sa Hongrie natale au début des années 1950. Il est l'une des figures de proue du courant de la 'psychologie positive'. Après avoir enseigné à l'Université de Chicago pendant trente ans et dirigé son département de psychologie, il est aujourd'hui professeur au Claremont College, en Californie.
Les questions qu’il se pose. Qu'est-ce qui rend les gens heureux ? Qu'est-ce qui donne un sens à la vie ? Et surtout, quand sommes-nous heureux ?
La réponse qu’il va trouver après des dizaines d’années d’enquête: nous sommes heureux, lorsque nous donnons 'le meilleur de nous-mêmes', lorsque nous sommes pleinement ce que nous faisons. Ce sentiment d'intense satisfaction est causé par un état de conscience particulier, qu'il a baptisé la 'fluidité', ou 'expérience optimale'.
Ce sont des instants de grâce que tout le monde connaît un jour mais que l'on peut cultiver et retrouver à loisir. Mihaly décrit les caractéristiques de l’expérience optimale, les caractéristiques psychologiques des individus qui les vivent et les conditions pour atteindre cet état. 
Ce que j’apprends ici c’est que chacun est alors responsable de son propre bonheur. Il y a là une éthique de la responsabilité qui est aussi une éthique de la joie. Elle m’a fait du bien et j’ai tenté de  la mettre en application, y compris lorsque j’ai été opéré.
Mais cette éthique ne disait rien sur le bien et le mal. Deux autres livres m’ont accompagné et éclairé.
Ils m’ont été offert par un ami d’enfance, rmiste, asocial atypique, catholique de naissance cherchant une conversion dans la religion juive.
Le premier livre est d’une psychanalyste. Marie Balmary. Son titre la Divine Origine.
Balmary exerce à Paris depuis trente ans. Elle a entrepris de relire à plusieurs voix la Bible à partir des textes hébreu et grec et non des traductions actuelles trompeuses.
Elle nous rappelle d’abord que le matérialisme et le scientisme ont, par trois fois, détrôné  l’homme  de son statut d’élu de Dieu. Il n’est plus au centre de l’univers après Copernic, n’est qu’un animal après Darwin, il est soumis à un déterminisme psychologique implacable depuis Freud. C’est dans la Bible qu’elle va rechercher, à la manière d’un Sherlock Holmes, les traces de l’homme dans l’humain. Il émerge, en effet,  à la lecture attentive du texte de la Bible et plus particulièrement celui de la genèse. Ce récit pose en effet les conditions de l'émergence du sujet. Ce sujet n’émerge que dans la rencontre véritable avec l’autre. Cette rencontre permet de ce mettre en route vers nous-même, à poser un Je face à un Tu, et non à suivre un autre (ici la figure du diable tentateur), quelles que soient ses promesses. Le psychanalyste respectueux de l’autre, humaniste, comme tout thérapeute qui se respecte, s'est donné comme vocation d'accompagner les sujets dans leur naissance à eux-mêmes. Cette lecture du texte confère à la bible le statut de vade mecum pour chacun afin d’aller à la naissance de lui-même. Je comprends à la lecture de Balmary que le suivisme auquel nous convie l’interprétation commune de la bible et notamment de l’église catholique  est la marque du Diable.
J’ai compris aussi à la lecture de ce livre que ma chance d’être un homme ne trouverait pas sa réponse dans une contemplation ou un appel à l’extérieur de moi-même, mais à un nouveau regard que je porterai sur moi et sur les autres. Ceci n’exclut pas la croyance en l’esprit et dans ses forces.
Le troisième ouvrage est celui de Martin Buber « Je et Tu ». Martin Buber (8 février 1878 - 13 juin 1965) était un philosophe, conteur et pédagogue d’origine autrichienne. C’est aussi un redécrouveur du hassidisme, branche mystique du judaïsme. Je n’avais pas conscience en entamant ce livre que je m’attaquais à un monument de philosophie et de poésie. Je ne saurai en parler avec beaucoup de sciences. Je dirai simplement que mon esprit était ravi tant par l’intelligence du propos que par la beauté de l’écriture. Ce qu’en dit Wikipédia :
« Dans Je et Tu, Buber souligne l'attitude duelle à l'égard du monde: la relation Je-Tu et la relation Je-cela. Ni le Je ni le Tu ne vivent séparément, ils n'existent que dans le contexte Je-Tu, qui précède la sphère du Je et la sphère du Tu. De même, ni le Je ni le cela n'existent séparément, ils existent uniquement dans la sphère du Je-cela. La relation Je-Tu n'est absolue qu'à l'égard de Dieu - le Tu éternel - et ne peut être pleinement réalisée dans les autres domaines de l'existence, y compris dans les relations humaines qui, bien souvent, sombrent dans la sphère du Je-cela ». Le Je-cela, c’est lorsque j’oublie de regarder l’autre humain comme un homme, un autre sujet mais que je le regarde comme un objet. Pour être moi-même un homme, il faut que j’ose la rencontre avec l’autre moi-même, le regarder pleinement comme un autre Je, Tu.
C’est difficile au quotidien, mais j’essaie de m’y employer.
Après cette lecture là, il n’est plus possible de ne pas savoir la responsabilité immense qui m’incombe.
 Trois livres de densité croissante qui m’aident à vivre. 

Commentaires

Des idées essentielles autour du soi, de la relation et du bonheur, et une manière de remettre le diable à sa juste place (celui qu'on suit en oubliant d'être).

Ecrit par : dominique | 29.05.2006

Le diable est dans l'excès de biens matériels. L'avoir, le voila le danger lorsqu’il fait oublier d’être.

Bises

Rufino

Ecrit par : Rufino à Dominique | 30.05.2006

Salut Rufino. Je cherchais hier soir les liens pour voir et/ou telecharger les conferences mais ne l'ai pas retrouve ... can you help ??

A+, jluc

Ecrit par : jluc | 30.05.2006

Salut l'ami, j'ai tente un telechargement de a conference mais le site n'en offre qu'un extrait de 7 minutes par ailleurs asse mal enregistre ...

Ecrit par : jluc | 31.05.2006

Ecrire un commentaire