09.06.2009
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Sissi, les pieds du lit
Moshe n’allait plus chez son psychanalyste depuis plusieurs semaines. Celui-ci ne comprit pas d’emblée ces absences.
Moshe était pourtant atteint d’une grave phobie. Il ne pouvait rester une nuit complète à dormir. Il souffrait d’une forme sévère d’insomnie qui le privait presque de toute vie sociale. En effet, il était persuadé que quelqu’un se tapissait sous son lit. La crainte de voir surgir inopinément l’intrus l’empêchait de dormir. Cela faisait déjà de longs mois qu’il était en thérapie et le psychanalyste ne désespérait pas de régler un jour ou l’autre ce grave dysfonctionnement qu’il avait judicieusement finit par identifier comme relevant de la scène primitive.
Or Moshe ne revenait pas.
Un jour le psychanalyste eut l’opportunité de rencontrer Moshe. Il l’interrogea sur ses absences qu’il avait fort opportunément mises sur le compte d’une forte résistance intra psychique.
Moshe lui expliqua qu’il était guéri. Cela faisait plusieurs semaines qu’il dormait comme un bébé. Le psychanalyste voulut en savoir plus.
Moshe lui répondit qu’il était allé voir le Rabbin qui lui avait simplement conseillé de scier les pieds de son lit.
Commentaire : Ceci s'appelle une intervention éricksonienne
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14.05.2009
Végétarien
Voici bientôt trois ans que je suis végétarien. Jusqu’à présent, je ne mangeais plus de viandes mais continuais à déguster poissons et crustacés. Et bien, depuis deux mois, j’ai renoncé également aux « fruits de la mer ». Le végétarisme n’est pas chez moi un acte militant, mais le fruit conjugué d’une rencontre, d’une idée et sans doute d’une appétence alimentaire.
Le déclencheur de cette « conversion » a été la rencontre d’une femme extraordinaire, avec qui depuis trois ans je chemine sur la route de ma vie. Elle est végétarienne par amour profond pour la vie et elle vit dans une relation unique avec le monde animal. D’abord je l’ai imité, puis « modélisé ». Aujourd’hui, cette pratique, cette hygiène de vie, est devenu totalement mienne, je l’ai « incorporée ».
L’idée du végétarisme me « tentait » depuis longtemps. A la base une réflexion éthique très simple qu’on pourra trouver puérile. « Ne mange que ce que tu serais capable de « détruire » ». Autrement dit, serais-je capable de tuer une vache, un lapin, une poule pour me nourrir au quotidien ? Ma réponse est non. Cette idée simple, qui marque un respect simple pour la vie animale, m’a permis un passage à l’acte en définitive assez facile.
Pour le poisson, les choses ont été plus compliquées. Les actes fondateurs ont été une « orgie » de fruits de mer (que j’adorais) dans un restaurant perpignanais qui m’a laissé un gout amer. J’ai eu le sentiment de faire agir la « Bête » en moi et non l’Homme et ce de manière inutile en participant à une sorte de massacre. J’ai également défilé à la dernière « Végé pride » parisienne. La simple cohérence morale, voulait que j’abandonne aussi la consommation de poissons.
L’appétence pour la viande et le poisson ont rapidement disparu pour faire place à la redécouverte de trésors gastronomiques : légumes, légumineuses, épices, algues, …
La société n’est pas végétarienne et le végétarien doit déployer de nombreux efforts pour se nourrir. Cette non automaticité consumériste à de nombreux avantages. Le moindre n’est pas qu’il développe la conscience. Gandhi disait que « le degré d’évolution d’une civilisation se détermine à la manière dont il traite les animaux ».
18.02.2009
Rencontres avec des hommes remarquables.

J'ai fait la rencontre de deux hommes remarquables. Picasso et le Che. Rien à voir me direz-vous? Et pourtant.Deux destins majuscules, deux trajectoires humaines fulgurantes du vingtième siècle. L'un gagnera gloire et argent, célébrité et reconnaissance de son vivant et vivra vieux. L'autre légendaire à trente ans, deviendra une icône planétaire en mourant à l'aube de ses quarante ans. Rien à voir, et pourtant mon esprit ne peut s'empêcher de lier ces deux destins.
Picasso est un monstre. Son ego est énorme à la mesure de sa productivité mais aussi, je l'avoue, de son génie. J'ai visité coup sur coup son musée du Marais et l'exposition qui lui est consacré au Grand Palais. Un choc. Ce type a « ingurgité » 10 siècles de peinture dès son plus jeune âge, devenant l'égal technique des plus grands maîtres de l'âge classique à moins de 20 ans. Ce génie saisit ensuite « l'air du temps » et sublime tous les styles du bouillonnant premier quart du vingtième siècle. Il est surréaliste, cubiste, fauviste, pointilliste, destructuraliste, structuraliste, plus et mieux que tous les peintres de son siècle. Son œuvre est une démesure de créativité, d'une justesse sauvage, d'une instinctivité intellectuelle sans précédent. A 70 ans passé, il poursuit une œuvre d'une fraîcheur enfantine incroyable. Génie précoce, vieillard pré-pubère. Bach, Mozart, Beethoven réunit en un seul homme. Je ne voudrais pas être un jeune peintre d'aujourd'hui, car je crains qu'il n'y ait plus rien à inventer de fondamental dans les arts plastiques après Picasso. L'art doit ce construire ailleurs (c'est l'impression que m'avait donnée l'exposition d'art contemporain Paris Art en janvier, je n'y avais vu que répétition puérile).
De son ego, Picasso a fait une Oeuvre Terminale. Au service de l'humanité? Je n'en suis pas si certain. Picasso a quelque chose d'Attila, plus rien ne peut pousser après lui dans ce champ des arts plastiques. Son père avait rendu ses pinceaux en découvrant le génie précoce de son fils. Il n'y a pas de place pour quiconque après lui, je plains aussi ses enfants.
A l'ego démesuré de Picasso, monstre reconnu pas son siècle, répond l'humanité douloureuse du Che.Je ne sais si l'image que donne du Che les deux films de Steven Soderbergh est « véridique » mais elle est juste et belle. J'ai adoré del Toro dans ce rôle.
Je n'ai jamais vu un monstre de la Révolution, un géant du Castrisme ou du Communisme, un être parfait et sans faille, bien au contraire. J'y ai vu la trajectoire d'un être faible physiquement (Ernesto était asthmatique) qui transpire l'humanisme, l'amour de l'autre, du faible, du déshérité. La trajectoire du Che à Cuba est glorieuse, elle sera une déchéance en Bolivie. Le premier opus nous montre le Che victorieux, le second nous montre sa chute. « Les conditions de la révolution de ne sont pas remplies ici » dit à Ernesto un dirigeant communiste bolivien. Le Che lui répond « là ou un enfant sur deux meurt avant l'âge de 5 ans, là ou l'espérance de vie des plus pauvres est proche de quarante ans, là ou 80 % de la population est analphabète, là les conditions de la révolution sont remplies. En voulant « importer » la Révolution Cubaine en Amérique du Sud, Che veut faire le bonheur de l'autre malgré lui. Il est sincère et se trompe. Poursuivi par les forces anti-guerilla, sa centaine de légionnaires cubains se fera massacré au gré d'embuscades sylvestres avec la collaboration apeurée de paysans qui n'ont qu'une envie: Survivre. La liberté ne remplace pas la tortilla. Che blessé, enchaîné, sera abattu comme un cochon. Reste le souffle délicat de la brise, d'un vent qui s'appelle Liberté.
Picasso aura eu raison de son siècle, Che se sera trompé. Pourtant, j'aime le Che, alors que j'admire l'œuvre de Picasso. Entre être et avoir...
En post scriptum : J'ai lu aussi des articles qui présentent le Che comme un monstre, notamment durant les quelques mois ou il a été commandant de la prison de la Cabana. Délation ou vérité? Je ne sais. L'homme est décrit sans nuances comme brutal et cynique. Deux mémoires, deux représentations qui s'entrechoquent. A chacun de choisir, non un parti, mais un symbole qu'il fera sien ou pas.
01.02.2009
Le secret
Un vieil homme voyant sa fin prochaine appela son fils à son chevet. « Mon fils lui dit-il, tu as 15 ans et tu es mon seul héritier. J’ai mis 70 ans à créé cet empire. Aujourd’hui, notre nom est un drapeau qui flotte aux sommets des plus grands buildings de cette planète. Paris, Londres, New York, Sydney, Hong-Kong, Tokyo, Moscow, Berlin, Marrakech, Le Cap, sont désormais des succursales de cette ville que j’ai créée il y a maintenant quarante ans. Sur cet empire, jamais le soleil ne se couche et des millions d’êtres, ouvriers, employés, techniciens, cadres, managers et leurs familles me doivent leur vie. Tout cela est à toi, fais-en … », ne pouvant terminer sa phrase, le vieil homme expira son dernier souffle. Son fils se sentit comme hébété, terrassé autant par la mort de son père que par l’immense poids qu’il sentait désormais peser sur ses épaules. Le jour même, il réunit le Conseil d’Administration regroupant les PDG, des dizaines de Conseils d’Administration administrant dans chaque pays et chaque business unit, les centaines de Pdg des Conseils d’administration des centaines d’entités industrielles, commerciales, des milliers d’établissements de l'empire qui était désormais le sien. Il fit part à ces hommes très sages de l’immense perte de la mort de son père et leur demanda à tous d’être ses guides pour gérer l’empire. Les Pdg furent soulagés que l’adolescent ait la sagesse de les prendre chacun comme conseiller. Pour être tout à fait sur d’être le meilleur Pdg des Pdg des Pdg, le jeune garçon demanda qu’on aille trouver dans son empire et au-delà de son empire, les meilleurs managers, conseillers, consultants, experts, de la planète pour qu’ils rédigent pour lui le manuel du parfait Pdg. Cette quête fut confiée aux 5 plus grosses compagnies de conseil du monde qui bénéficièrent d’un budget illimité. La quête dura 15 ans. Au bout des 15 ans, les experts firent visiter au Pdg des Pdg des Pdg, l’Université du savoir qu’il avait réuni. Celui-ci fut atterré par la tâche immense pour lui d’apprendre tout ces savoirs. Il leur demanda que chaque savoir soit condensé de telle manière à ce qu’il puisse l’étudier. Les experts travaillèrent encore 15 ans pour créer l’Encyclopédie, la Bible du Management, attendue par le Pdg des Pdg des Pdg. Mais 25 volumes d’une écriture si fine et si dense était encore trop pour le désormais quinquagénaire. Il demanda que tout cela lui soit résumé. Comme beaucoup d’experts et de consultants étaient morts depuis le début de la quête, il fallu reprendre ce travail en détail et ce n’est que 15 ans plus tard qu’on apporta au septuagénaire le livre du Savoir et du Management. C’était encore trop pour le vieil homme qui demanda qu’on lui résume le livre en un feuillet. Rien de plus difficile que de simplifier ainsi tant de connaissances. Il fallut quinze ans et de nombreux ordinateurs pour arriver à la concision souhaitée. Le vieillard mourant, Pdg des Pdg, des Pdg, ne pouvait plus guère lire et se fatiguait bien vite. Il demanda au Consultant des Consultants Experts,de lui livrer le "Secret des secrets".
Il tenait en une phrase : « Chaque jour, sois où tu es, sois neuf comme un enfant ».
07:59 Publié dans Autres contes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : conte
26.01.2009
Non au non
Je suis allé hier au cinéma. Pour ne rien vous cacher, je suis un fan inconditionnel de Jim Carey. J’aime tout ce qu’il a fait. Alors évidemment, je ne rate aucun de ses films. Yes man signe le grand retour à la comédie populaire à message positiviste du grand Jim. On ne va pas intellectualiser trop, en disant qu’il s’agit d’un film de transformation, la narration du chemin initiatique du « dépressif urbain mal dans sa peau » qui décide enfin de dire un « oui » d’abord mécanique et enfantin puis en conscience, mature et sage, à la Vie. Ca commence un peu lentement, mais le facétieux Jim nous fait quelques grimaces et c’est partie (son numéro de singeries avec « Norm » m’a éclaté). Au-delà du message simpliste très classique de la culture américaine du « Yes we can », c’est un hymne à la vie et un refus de l’embrigadement par la peur. Un film très Obama donc. J’aime.
08:04 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jim carey
19.01.2009
Touche mon corps
Voici depuis deux mois que j'ai entamé une formation en "médecine ayurvédique". Je n'ai pas la prétention de devenir médecin (ayurvédique, chinois, ...) mais simplement d'être un peu plus maitre de mon propre corps, comme j'essaie d'être plus maître de mon propre esprit. Etre plus maître signifie sans doute surtout être un peu plus conscient de ce qui ce joue en moi et pour moi. Je ne renonce pas, cependant, à faire profiter autrui des fruits de mon apprentissage. Ce cycle, intitulé "praticien de santé ayurvédique", s'est ouvert avec une formation d'une centaine d'heures en massage. Le massage ayurvédique, avant tout ici de "confort", porte néanmoins en lui une véritable force thérapeutique. Il se caractérise notamment par l'utilisation très généreuse de l'huile de massage et par sa pratique dénudé. Tel que je l'ai appris de mon professeur, Arjit Sarkar, ancien élève du ashram de Sri Aurobindo à Pondichéry, c'est aussi un moment sacré qui débute par l'évocation de la Grande Force de Vie de l'Univers (ici symbolisé par le mantra AUM) et par la connexion à l'énergie cosmique. Le masseur n'est que l'instrument, le médium entre le patient et l'énergie de guérison, la force vitale, le prâna, qui va se diffuser en lui pour harmoniser ses propres flux énergétiques intérieurs.
Je masse parce que c'est bon de toucher et d'être touché. Je masse pour effacer fatigue et tensions (physiques et psychologiques) quelquefois le corps entier, quelquefois simplement le dos, les membres inférieurs ou supérieurs, toujours le visage). Je masse le soir et quelquefois le matin (je préfère le matin, car je suis plus en conscience). Et puis le massage est un formidable moyen pour renouer le dialogue lorsqu'un conflit s'introduit dans ma vie, à cause de la fatigue, du stress, en écho à des blessures anciennes non cicatrisées. Il se passe alors quelque chose d'incroyable, le dialogue rompu renait. Le corps dit mieux que le verbe quelquefois. David Servan Schreiber décrit fort justement l'importance vitale de ce moment dans la dernière livraison de Psychologie.
Le massage est un geste vital, je n'y crois pas, je sais.
15.01.2009
« Pourquoi je suis généraliste et pas psychiatre ».
L'autre jour je croise celui qui pourrait devenir mon médecin traitant sur Paris. L'homme a la cinquantaine finissante. Le jour de la visite, il m'avait reçu le stéthoscope au cou. Plutôt bon signe. Il toussait plus que moi mais était fidèle au poste. Il m'avait gardé une bonne vingtaine de minutes pour une prescription de presque rien. Je le retrouve donc un petit matin sur le trottoir. Nous nous saluons courtoisement. Il termine sa tournée, il a le temps, il accepte d'échanger quelques mots. Je le trouve fatigué et le lui dit. Il m'explique alors quelques malheurs du médecin généraliste de secteur un. Honoraires insuffisants, charges trop importantes, journées épuisantes. Je lui fais remarquer qu'il reste effectivement longtemps avec ses clients pour ces quelques vingt euros. Il m'explique alors que jeune il avait voulu être psychiatre. « En sixième année, lors de l'un de mes stages d'externat, j'étais dans un hôpital psychiatrique de la région. Un matin, une femme est internée. Le chef de service profite de l'aubaine pour faire un cours sur le syndrôme de conversion hystérique. La femme est accompagnée de son mari. Le tableau clinique est complet. Fier de lui, de son savoir, le chef de clinique dépeint, argumente, tout y est. Quelques jours plus tard, la femme est transférée d'urgence en cancérologie dans un hôpital voisin. Elle est totalement métastasée. Tous les symptômes de l'hystérie me disait mon chef de clinique? Voilà pourquoi je suis devenu médecin généraliste ».
15:40 Publié dans Regards | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : psychiatrie, hystérie, médecine
