02.08.2011

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Le corps bruyant

Edward-Munch-Le-Cri--Noir---Blanc--15892.jpgVoila, cette «chose» à laquelle j’avais pu croire me soustraire, m’arrive. Je viens de commencer une chimiothérapie. 

L’avant, c’est la nouvelle déprime après l’échec relatif de l’hormonothérapie. Le Casodex n’y suffit pas, les cellules cancéreuses ont mutés, elles sont devenus résistantes. Super cellules, elles s’adaptent pour survivre à cet environnement intérieur dont je cherche à leur limiter l’accès. 

La séance elle même s’est passée en douceur et dans la gaité. Accompagné, j’ai été «supporté» de manière magique et magnétique par mon amie qui me montrera le soir, combien la séance l’avait vidée énergétiquement. 

Les jours suivants sont ceux du corps bruyant. L’homme «relativement» sain, n’est guère dérangé par les «bruits» de son corps. Pour l’entendre, il doit faire silence, ne plus bouger, porter sa conscience sur lui. L’homme malade est submergé par la cacophonie douloureuse du corps bruyant. Douleur à la hanche, à l’épaule, au crâne, puis généralisation à toutes les parties du corps qui toutes s’expriment en même temps. Le corps devient cri. N’exagérons rien, dans mon cas, c’est «supportable», lancinant mais supportable. Et puis l’apprentissage de la drogue qui masque la souffrance. Quelquefois elle se contente de faire taire le bruit. C’est si bon ce silence. Malheureusement, le plus souvent, elle accompagne le silence du corps de celui de l’esprit qui devient gourd et lourd. Alors, on devient un apprenti chimiste et on teste les substances pour trouver le juste équilibre qui permette malgré tout à la conscience d’être là aussi. 

Cinq jours après, le silence s’est fait, il reste une immense fatigue. Réapprendre le mouvement mais dans la lenteur et l’économie. 

 

 

El Andaluz

mosquee_de_cordou.jpgSept jours en terre andalouse. Quel bonheur! Grenade surtout et Cordoue. Un temps d’une incroyable de douceur, la rencontre magique avec l’Alhambra et la Grande Mosquée. Et, en filigrane, la présence du divin, personnifié dans les figures de Maimonide, Averroes et Alphonse X le sage. Quel beau rêve de paix, de sagesse, d’amour de quelques siècles, réalisé dans une terre à l’apparence inhospitalière qui s’avère l’Eden par l’intelligence des hommes et la grâce. 

La puissance magnétique des 850 colonnes de la Grande Mosquée qui chacune peut vous parler, intimement, il suffit de poser sa main et d’écouter son fluide puissant passer en soi. 

Remonter vers l’autel de la Cathédrale de Grenade et ressentir les noces magnétiques  des forces telluriques et cosmiques.

L’homme marie aussi les énergies, je l’ai senti puissamment dans le cri du Cante Jondo, les lamentations de la guitare et la scansion du pas de la Balaiora.

 

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11.07.2011

Je n’irai pas à Bali

m-Bali_013.jpgIl y a quelques jours, j’ai appris le décès de mon amie, de ma soeur, de ma compagne de voyage dans la maladie, Simone. 

Nés la même année, nous avons eu un parcours en miroir, dans nos vies et ces six dernières années. Découverte de nos maladies, décision de changer nos existences pour aller à la découverte de nos vérités. Nos chemins qui s’étaient rencontrés il y a dix ans dans une formation en PNL, n’ont plus cessé de se croiser. 

Simone a multiplié les rencontres pour comprendre le sens profond de sa maladie. Elle a été un temps persuadée que si elle comprenait elle guérirait. Elle s’est beaucoup confiée, à des thérapeutes, des guérisseurs et des gourous. 

Au début de sa maladie, elle suivait en parallèle médecine allopathique et son cortège de traitements «lourds» et médecines et approches alternatives. 

Et puis, un jour, elle a lâché la médecine d’ici pour confier son sort à sa foi. Sa foi dans la guérison du corps par l’esprit. 

Elle est partie pour Bali, se réfugier auprès de guérisseurs et au sein d’une spiritualité de l’ailleurs. 

Souvent, elle m’a dit, «je suis guérie». Je crois que, quelquefois, elle y croyait. 

Simone voulait être, était thérapeute. Quelle confiance, quelle force elle me donnait lorsqu’elle me rencontrait et que nous partions vers ce Haut Lieu qu’est le Mont Saint Odile en Alsace. 

Simone partageait avec moi la Joie et la Confiance malgré tout. 

A plusieurs reprises j’ai pensé aller la rejoindre et puis je renonçais car au fond de moi je n’y croyais pas. 

Aujourd’hui, Simone est partie plus loin encore.

Pourtant, lorsque je ferme les yeux et que je tourne mon attention vers mon coeur, elle est la. 

Elle me sourit dans mon coeur. 

 

 

01.07.2011

Cigale

cigale.jpgJe parlais hier de résilience, cette attitude de l’esprit qui consiste, lors d’un traumatisme, à prendre acte de celui-ci, l’accepter pour faire le deuil du passé et continuer à vivre. J’ai rencontré une fois Boris Cyrulnik, l’éthologue qui a développé ce concept à partir, en autre de l’observation des survivants des camps de concentration. Il dégageait, comme à travers ses écrits, une humanité incroyable. 

J’aime beaucoup la chanson de Maria Elena Walsh, chantée par Mercedez Sosa, «Como la Cigarra» qui me paraît une parfaite illustration de ce concept. Le poète dit mieux quelquefois que l’homme de science. 

 

«Tantas veces me mataron,

tantas veces me morí,

Sin embargo estoy aquí resucitando.

Gracias doy a la desgracia

y la mano con puñal

por qué mató tan mal,

y seguí cantando.

 

Cantando al sol como la cigarra

después de un año bajo la tierra,

igual que sobreviviente

que vuelve de la guerra».

 

«Tant de fois je fus tué,

Tant de fois je suis mort, 

Et pourtant, je suis ici ressuscitant

Je dis merci à la malchance

Et à la main armée d’un poignard

Car elle m’a si mal tué,

Et j’ai continué à chanter

Chantant comme la Cigale

Après une année sous la terre, 

Comme un survivant

Qui revient de la guerre».

 
 
 

 

29.06.2011

Hélix

ph_spirale_adn.jpgBonne nouvelle sur le front du cancer. La reprise d’une hormonothérapie, abandonnée il y a une dizaine de mois, donne des résultats (Casodex). J’avais constaté que des ganglions semblaient avoir baissé de volume. Le résultat des psa confirme mon impression. Cela ne va probablement pas m’éviter la chimiothérapie mais m’indique qu’il est toujours possible d’agir.
Pour ceux de mes lecteurs qui sont concernés par l’hormonothérapie et qui craignent pour leur vie sexuelle, je peux témoigner que celle-ci est toujours possible. Il suffit (!) de beaucoup d’amour, de connivence et de ténacité pour que le désir soit toujours la et qu’une relation satisfaisante pour les deux partenaires s’installe.
Pour ce qui me concerne, après des années d’anxiété, de doute, y compris sur mon identité sexuelle, je suis arrivé à vivre une sexualité heureuse, joyeuse, sereine et douce aux antipodes d’une sexualité de l’exploit. Je dirai plutôt qu’il s’agit d’une sexualité hélixienne.

 

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25.06.2011

Accepter

david-servan-schreiber.jpgDepuis quelques mois, les nouvelles se suivent et se ressemblent côté cancer; elles sont pas bonnes. La dernière scintigraphie vient de confirmer le bilan d’extension de la tumeur. C’est assez impressionnant toutes ces tâches noires sur les vertèbres, les hanches et surtout tout le long du crâne. Les différentes douleurs dont je n’identifiais pas la cause trouvent désormais leur explication. Je vais devoir passer à la vitesse supérieure côté traitement, après la radiothérapie, l’hormonothérapie, me voila parti pour la chimiothérapie.  Je vais probablement perdre mes cheveux et ressentir le contrecoup des toxines dans mon corps par un surplus de fatigue. Côté pronostic, le flou artistique toujours. Au pire, compte tenu de la mortalité statistique, je peux espérer une douzaine de mois de survie. Au mieux, les échéances morbides sont reculées, peut-être plusieurs années, compte tenu de nouvelles lignes thérapeutiques disponibles. 

Je dois avouer que l’annonce des résultats m’a mis sur les genoux pendant bien 12 heures. Et puis, grâce à l’écoute de Francsek et de Stéphane, c’est passé, comme toujours. 

Plutôt que de se «battre» (notion qui entretient la colère, la peur, la tristesse et dévore l’énergie interne), il s’agit d’être dans l’acceptation et y compris de la perspective de la mort à plus ou moins brève échéance. Accepter les nouveaux signes du corps (tant qu’ils sont contrôlables, ouf l’auto hypnose est d’une aide précieuse), accepter les traitements, accepter de nouvelles limites (plus de sports violents) pour découvrir de nouveaux possibles.  

A cette condition, c’est incroyable, mais je peux dire que je suis heureux. Les nouvelles de l’état de santé de David Servan-Schreiber, m’ont attristée. Mais «On peut se dire au revoir plusieurs fois».

 

 

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22.06.2011

De la royauté intérieure.

IMG_4849.jpgGabrielle et Pascal m’engagent à parler de royauté intérieure. Si je ne jure que par la République pour le monde extérieur, qu’en est-il du «gouvernement» de mon monde intérieur?
Je pars de la croyance (hypothèse) que celui-ci n’est pas constitué de manière homogène ou monolithique, mais qu’il est, au contraire, habité par toute une faune. Nommons-là: mes familles émotionnelles, du clan de la joie, de la colère, de la peur et de la tristesse; Tous les visages de mon «enfant intérieur», rebelle, créatif, soumis; Ma raison raisonnante et ses avatars; les multiples facettes de ma volonté, les énergies agissantes de mes instincts de vie et de mort, les figures tutélaires de mes mois idéaux et de mes surmois tyranniques; mes parents intérieurs, maternants ou parternants et toute la cour de mes juges intimes. Qu’ils me pardonnent, ceux que j’oublie, peuples de l’ombre ou de la lumière éblouissante. Et puis, il y a, silencieux, celui qui observe ce monde, cet oeil intérieur qui est aussi oreille, goût, toucher et nez. D’aucuns le nomment «Conscience», d’autres «Dieu», d’autres encore simplement «Soi» ou «Suis».
Qui pilote cet aéronef interstellaire super spécialisé et adapté qui est moi? Si j’en juge par ses incohérences, c’est souvent l’anarchie en terre rufinienne. J’ai pu croire quelquefois que devait s’imposer en moi un monarque unificateur. Illusion que cela, la tyrannie n’est pas loin.
Aujourd’hui, j’aspire à une démocratie intérieure. A l’apaisement par le consensus et le dialogue de tous mes mois.
J’aime l’idée que si chacun d’eux tourne son propre regard vers l’Oeil intérieur, il recevra en retour paix et consolation. La paix de l’amour inconditionnel de celui qui est dans l’instant. Nul besoin d’introspection, de retour au passé ni de projection vers le futur. Etre ici et maintenant, c’est la vraie République.